VERS UNE MEILLEURE GESTION DU DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE

COLLOQUE INTERNATIONAL DE CARCASSONNE

DU 6 AU 8 DECEMBRE 2001

 

 

La section française de l’ICOMOS et les instances locales ont organisé, les 6, 7 et 8 Décembre 2001 dans la prestigieuse cité de Carcassonne, un colloque international intitulé :

 

« Grands Sites et patrimoine mondial : victimes de leur succès.

 Quelle régulation des flux touristiques ? »

 

Ce séminaire qui a rassemblé plus de 200 personnes de différentes nationalités s’inscrit dans la démarche de réflexion approfondie menée depuis 3 ans par le Groupe de Travail « Grands Sites » sur le thème de la gestion des visiteurs au sein d’espaces remarquables.

Ces derniers, appelés « Grands Sites », sont définis par la loi du 2 Mai 1930 comme « des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque ». Il s’agit, très généralement, de sites « ouverts » où l’accès est, par nature, difficilement contrôlable.

Parce qu’ils sont des lieux emblématiques du patrimoine français, leur reconnaissance sociale se traduit souvent par une fréquentation touristique excessive, source de nombreuses préoccupations.

Lors du colloque, professionnels de l’environnement, représentants de l’Etat, des Régions ou des Départements, élus locaux, gestionnaires de sites, associations, étudiants… tous ont pu réfléchir à l’universalité du problème de la gestion des flux de visiteurs dans les sites les plus connus et les plus significatifs du patrimoine français, européen ou mondial.

 

Le classement imminent de la Presqu’île de Giens par décret en Conseil d’Etat au titre de la loi du 2 Mai 1930 pourrait lui permettre, dans un futur proche, de bénéficier de l’appellation « Grand Site », d’où la présence de notre association à Carcassonne.

 

L’ICOMOS, un organisme fervent défenseur du patrimoine mondial

 

Le Conseil international des Monuments et des Sites a été créé en 1965 à Varsovie et à Cracovie. Organisation non gouvernementale, sa mission principale est la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine et des sites, aussi bien pour leur caractère naturel, historique, culturel ou architectural.

L’ICOMOS, dont le siège se situe à Paris travaille en étroite collaboration avec l’UNESCO, mondialement connu et dont il est l’expert pour le patrimoine et les sites à caractère culturel. Il participe ainsi à l’élaboration de la « Liste du patrimoine mondial »[1] qui désigne partout dans le monde des biens du patrimoine culturel et naturel considérés comme ayant une valeur universelle exceptionnelle. Sont concernés par exemple des  sites aussi variés que la baie du Mont-Saint-Michel, le Canal du Midi, le site archéologique de Carthage en Tunisie, la Grande Muraille de Chine, les pyramides d’Egypte, le parc national de Yellowstone aux Etats-Unis…

 

L’ICOMOS est actuellement constitué de 107 comités nationaux parmi lesquels le comité français est un des plus actifs.

 

   Créé en 1972 et en association de la loi de 1901, la Section française de l’ICOMOS a pour vocation de rassembler toutes les structures professionnelles, administratives, associatives ou autres engagées, de manière directe ou non, dans la protection du patrimoine.

Les adhérents à la Section française sont au nombre de 500, dont environ 30 associations, 20 entreprises, 40 villes et 2 départements.

L’action menée par cette structure concerne essentiellement l’organisation de colloques, séminaires de travail…, l’information et la sensibilisation (expositions, cycles de formation, publication…), la réalisation d’études thématiques concernant le patrimoine et son paysage, et l’action internationale (collaboration avec l’ICOMOS, l’UNESCO, et le Conseil de l’Europe).

 

Le label « Grands Sites », symbole de reconnaissance nationale

 

La section française de l’ICOMOS participe de façon active à la constitution du Réseau des Grands Sites de France. Lancé par la DATAR il y a environ 30 ans, ce réseau traduit la volonté de conduire une politique cohérente de réhabilitation et de mise en valeur des grands sites nationaux. Il poursuit aujourd’hui un triple objectif :

-   restaurer et assurer de manière pérenne les équilibres physiques et la qualité   paysagère du site ;

-   déterminer une politique d’entretien et de gestion reposant sur un comité de pilotage ;

-   permettre que les mesures adoptées bénéficient au développement local.

 

Le label Grands Sites ne revêt aucun caractère juridique et ne constitue pas une procédure réglementaire par elle-même. Il s’agit d’une démarche originale proposée par le ministère de l’Environnement en réponse au problème de dégradation d’un site majeur sur le plan national.

L’OGS (Opération Grand Site) accompagne la procédure de classement lorsque le besoin se fait sentir et prévoit notamment des mesures spécifiques d’accompagnement budgétaire pour assurer la restauration et l’entretien des sites classés. La part de l’Etat, gérée par la Direction de la            Nature et des Paysages atteint généralement près de la moitié des dépenses, le reste étant assuré par le Conseil Régional, le Conseil Général et les collectivités locales.

 

Mais, pour pouvoir bénéficier d’une telle démarche, un site doit réunir certaines conditions préalables indispensables :

1.                      être un site classé ;

2.                      être un espace d’intérêt national, c’est-à-dire un paysage remarquable, symbolique ou d’une portée culturelle largement reconnue ;

3.                      connaître des périodes de fréquentation excessive au point de perdre les qualités qui sont à l’origine de sa réputation et susceptibles de compromettre son avenir ;

4.                      faire l’objet d’une volonté de réhabilitation et de gestion durable, soutenue par un large consensus au niveau local.

Depuis 1989, l’Etat a co-financé une trentaine d’OGS, dont les plus célèbres sont la Sainte Victoire, le Pont de Gard, la Pointe du Raz, Quiberon, le jardin du Rayol…

 

Accueillant des milliers de touristes en période estivale, paysage remarquable d’intérêt national, site en passe d’être classé, la Presqu’île de Giens mérite d’être portée par une politique locale et partenariale de revalorisation. De gros efforts doivent encore être fournis pour assurer le « large consensus au niveau local ». Mais l’attribution du label Grands Sites à l’ensemble de la Presqu’île de Giens semble donc aujourd’hui tout à fait justifiée.

 

 

Carcassonne, une étape importante pour la gestion des Grands Sites

 

« Maîtriser les flux : pourquoi et comment ? »

Ce thème de réflexion relève d’une simple question de bon sens parce que l’on ne peut accueillir tout le monde, en même temps et au même endroit.

Pour J.P. Thibault, secrétaire général adjoint de la section française de l’ICOMOS, réguler est indispensable afin de « préserver l’attractivité du site, les équilibres sociaux-économiques locaux ainsi que la qualité de la visite ».

 

Le principal temps fort du rassemblement carcassonnais s’est révélé lors « d’ateliers-débats » au cours desquels les gestionnaires de sites eux-mêmes (ou leurs représentants) ont  exposé leurs propres stratégies et techniques de régulation des flux touristiques.

Guidés par chaque intervenant, nous avons ainsi pu voyager à travers la France et le monde, à la rencontre de 16 sites aussi prestigieux que l’Alhambra (Espagne), les îles Galapagos (Equateur), Pompéi (Italie), Stonehenge (Grande-Bretagne), le temple d’Angkor (Cambodge) pour l’étranger ou le domaine de Versailles (Yvelines), la vallée de la Vézère : Lascaux II (Dordogne), le Cap Fréhel (Côtes-d’Armor), le Parc National de Port-Cros (Var)… et bien d’autres encore pour la France.

Les exposés, particulièrement enrichissants, ont été l’occasion de mieux connaître ces lieux parfois très éloignés, leur contexte géographique, historique, culturel et juridique, ainsi que les problèmes posés par l’accroissement général de la fréquentation touristique et les moyens mis en œuvre pour mieux les gérer.

 

Malgré la grande diversité des sites présentés, tous, sans exception, sont confrontés à la nécessité d’élaborer une politique de gestion cohérente qui tienne compte des exigences liées à l’accueil des visiteurs (infrastructures d’accueil, parkings, routes d’accès…) tout en garantissant l’intégrité naturelle du site.

 

Une fois posée cette problématique générale, nous avons pu constater avec soulagement que des solutions apportées au problème de la sur-fréquentation touristique existent. Elles découlent d’un ensemble de grandes stratégies adoptées par les gestionnaires de sites et les aménageurs qui s’efforcent, par la suite, de les appliquer sur le terrain par des mesures techniques.

 

Les choix stratégiques relatifs au fonctionnement d’un site doivent tenir compte de sa vocation ainsi que de sa capacité d’accueil optimale[2]. 3 principes majeurs ont été retenus :

 

-   la préservation de l’environnement (faune, flore…) pour un site à caractère naturel,

-   la restauration, la protection ou la mise en valeur du patrimoine pour un monument historique,

-   la contribution au développement touristique, culturel et économique pour les sites à caractère mixte.

 

Dans tous les cas, la politique choisie doit respecter l’esprit des lieux et ne rien faire d’irréversible.

Concrètement, ces choix stratégiques se traduisent par la mise en œuvre d’actions techniques relativement ciblées. L’urgence de la protection d’un site exige parfois le contrôle strict des accès et de la circulation : contingentement et fermeture de certaines routes, création de parkings sur des secteurs adaptés et élimination des parkings sauvages, accès et services payants, mise en place de navettes…

L’amélioration des conditions d’accueil peut déboucher sur divers modes de régulation des flux : l’aménagement « raisonné » d’infrastructures touristiques, la conception et l’organisation de visites guidées, la dispersion des visiteurs dans l’espace et dans le temps (périodes creuses), la mise en place d’une signalétique légère…

Les gestionnaires de certains sites particulièrement sensibles ont été contraints d’établir des mesures réglementaires ou incitatives à l’usage des visiteurs : restriction de visites, ramassage des déchets, cueillette interdite, usage limité des photographies…

 

Dans la plupart des cas, les efforts consentis se sont avérés payants. Les conditions générales de l’accueil et l’intégrité des sites ont pu être maintenues, voire améliorées, alors que le flux des visiteurs n’a cessé de progresser.

 

Conclusion :

Dans son discours de clôture, Mr. Azedine Beschaouch, ancien président du comité du patrimoine mondial, chargé de mission auprès du sous-directeur général de la culture de l’UNESCO, a rappelé que la valeur d’un site ne se mesure pas uniquement à son taux de fréquentation, mais aussi et surtout, à son caractère culturel, paysager et historique unique.

Par ses « ateliers-débats », le colloque de Carcassonne n’avait pas la prétention de résoudre tous les problèmes posés. En revanche, il a eu le mérite de porter à la connaissance d’un plus grand nombre les différentes expériences et tentatives d’action dont l’état d’avancement est variable, mais dont la valeur pédagogique est indéniable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Cette liste comprend aujourd’hui 690 sites dont 529 à caractère culturel, 138 à caractère naturel et 23 mixtes, répartis dans 122 Etats.

[2]Cette notion concerne l’impact maximum tolérable sur le milieu ou les paysages, l’agrément des visiteurs, et la perturbation apportée à la vie économique et sociale locale.