
LES
SUCULENTES SUB-SPONTANÉES DE LA PRESQU'ÎLE DE
GIENS
par François ROUILLER
La
grande majorité des plantes succule
ntes ne supportent pas les conditions climatiques méditerranéennes, surtout
si ces végétaux ne sont pas cultivés sous serre ou protégés par tout autre
abri naturel ou artificiel procuré par l'homme. Cependant certaines espèces
s'accommodent des conditions climatiques de la Presqu'île de Giens, qui
peuvent conjuguer froid et humidité, fatals pour le plus grand nombre.
Il ne faut pas oublier les gelées des hivers 1956, 1985 et 1986. Nous
allons nous intéresser à un petit nombre de spécimens évadés des jardins
qui ont réussi à se développer sur la presqu'île à l'état sauvage sans
moindre protection de l'homme. Ces plantes succulentes qui ont réussi
leur acclimatation sont dites sub-spontanées. Ces envahisseurs venus des
continents américains et africains font à présent partie du paysage, ce
qui lui confère un caractère plutôt exotique, ce qui n'est pas fait pour
déplaire aux touristes.
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A
l'évidence, nous ne pouvons pas commencer cet exposé sans parler
tout d'abord du genre le plus présent et le mieux intégré sur
le littoral de la Côte d'Azur. De la famille des AGAVACEES, le
genre Agave a été importé du continent américain et principalement
du Mexique. Ces plantes sans tiges sont formées de nombreuses
feuilles rubanées fortement succulentes, disposées en énormes
rosettes. Ces feuilles, parfois gigantesques, sont ornées d'aiguillons
latéraux et d'un dard terminal.
Parmi le grand nombre d'espèces de ce genre (environ une centaine),
sur la Presqu'île de Giens nous rencontrons principalement
Agave americana L. aux feuilles vert bleutées couvertes
d'une cire épaisse et sa variété A. americana f. variegata
TREL. aux feuilles panachées de bandes longitudinales
vertes et jaunes. Ces plantes croissent sur les rochers, souvent
en sommet de falaise. La reproduction sexuée, c'est-à-dire au
moyen de graines, ne semble pas avoir lieu malgré une floraison
spectaculaire. En effet, ces Agaves produisent une tige florale
de 3 à 4 m de haut portant un nombre invraisemblable de fleurs
jaune citron à reflets verts : un vrai feu d'artifice.
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La
rosette qui a porté l'inflorescence, meurt ensuite, laissant place
à des rejetons produits auparavant à sa base. Les
agaves se reproduisent surtout en émettant des tiges souterraines
qui donnent naissance, plus ou moins à distance, à de nombreux nouveaux
sujets. De façon plus rare, la plante peut parfois produire, au
sommet de l'inflorescence, de jeunes plantules munies de racines
qui finiront par tomber sur le sol où elles ne demanderont qu'à
créer de nouvelles colonies. La rumeur veut que les Agaves ne fleurissent
qu'à l'âge de 100 ans.
Mais il ne s'agit là que d'une légende : certaines espèces fleurissent
dès l'âge de 7 ans, d'autres attendront tout de même l'âge de 70
ans. .
LES
ALOES
Souvent confondus
avec les Agaves, les Aloes de la famille des LILIACEES ont un port
proche en forme de rosette. D'une manière générale, en ce qui concerne
les espèces sub-spontanées de la Presqu'île de Giens, les Aloes
forment des rosettes de taille beaucoup plus réduite. Chez les
Aloes, les inflorescences émergent latéralement et ne provoquent
pas la mort de la plante après la floraison, contrairement aux Agaves.
Les Aloes sont des plantes africaines, qui se sont, pour certaines
espèces, très bien naturalisées sur la presqu'île. Nous allons donc
rencontrer à l'état sauvage 2 espèces africaines.
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Aloe
ciliaris HAW.
C'est une plante grimpante qui envahit les clôtures et
les buissons. Les fines tiges ramifiées mesurent jusqu'à 5 m, les
feuilles sont alternes et très étroites à bords ciliés. Les petites
inflorescences sont constituées de fleurs tubulaires orange foncé
à l'extrémité jaune. |
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Aloe
saponaria HAW.
C'est une plante très robuste qui forme
une grosse rosette sans tige émettant de nombreux stolons souterrains,
lesquels produisent d'autres rosettes, finissant par former un véritable
tapis. Les feuilles très charnues sont courtes, d'un vert rougissant
au soleil, au dessus moucheté de petites marques blanches. L'inflorescence
peut atteindre 50 cm de hauteur, elle est souvent ramifiée et les
fleurs, pendantes, sont rouges. Comment différencier les Agaves
des Aloes quand ils ne sont pas fleuris ? Ce n'est pas toujours
évident. Voici une petite astuce que j'utilise. Chez les Agaves,
les jeunes feuilles, situées les plus au centre, sont collées les
unes aux autres et se détachent les unes des autres lors de leur
croissance, laissant souvent leur empreinte sur leur voisine. Chez
les Aloes les feuilles sont toujours libres. |
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LES
YUCCAS
Les Yuccas sont des plantes de la
famille des LILIACEES.
Yucca aloifolia L. se rencontre un peu partout
sur la Presqu'île de Giens. Cette plante mexicaine, n'ayant pas
avec elle le papillon de nuit qui la pollinise dans son habitat
naturel, ne peut se propager que par le mode végétatif.
Yucca aloifolia L. est une plante arbustive
à tronc peu ramifié, au feuillage persistant. Les feuilles sont
étroites, très rigides, à l'extrémité acérée, de couleur vert
sombre. Elles sont groupées en touffes au sommet de la tige. La
floraison, qui a lieu en fin d'été, est remarquable ; l'inflorescence
est constituée de grosses fleurs blanches en forme d'œuf.
Les Yuccas ont des racines fortement succulentes ; le moindre
morceau emporté avec de la terre de remblai, donne rapidement
un nouveau pied. C'est ainsi que je m'explique l'apparition d'une
colonie de Yucca dans un lieu surprenant tel le bord de " la route
du sel ", entre dune et marais vers l'Almanarre.
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LES
MESEMBRYANTHEMACEES (AIZOACEES)
Venues
d'Afrique du Sud, certaines espèces de la famille des MESEMBRYANTHEMACEES
se sont développées sur la Presqu'île de Giens, à tel point qu'elles
vont finir par être considérées comme indésirables.
Communément appelées " Griffes de sorcières
" ou " Figues marines ", deux espèces du genre Carpobrotus ont envahis
la presqu'île, des falaises rocheuses aux sables des dunes des tombolos.
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Ce sont :
- Carpobrotus edule L. aux fleurs jaunes pâle
- Carpobrotus acinaciforme L. aux fleurs rose pourpre.
Végétativement, ces deux espèces sont presque identiques. Les tiges
rampantes portent de grosses feuilles trigones gorgées de suc, les
fleurs mesurent 8 cm de diamètre, les fruits sont comestibles. Ces
plantes se reproduisent aisément au moyen de leurs graines et le
moindre fragment de tige séparée de la plante ne tarde pas à s'enraciner
n'importe où pour forme rapidement une nouvelle colonie. Ce genre
menace bon nombre de petites espèces végétales autochtones souvent
submergées et étouffées par une telle végétation exubérante.
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Aptenia
cordifolia (L.) N.E.BROWN
est aussi une petite succulente (Aizoacées) rampante
fortement ramifiée, très tapissante. Cette espèce occupe un peu
les mêmes zones que les Carpobrotus, de façon plus discrète toutefois.
Ses tiges sont cylindriques, charnues et portent de petites feuilles
en forme de cœur ; l'épiderme est vert clair et est couvert de
papilles d'aspect cristallin.
Les petites fleurs rouge rosé apparaissent presque collées sur
les tiges.
Comme les Carpobrotus, Aptenia cordifolia se reproduit
facilement par graines et à partir de fragments de tiges. Bien
que ce ne soit pas une plante grimpante, je l'ai observé tapissant
complètement les grillages de clôture. La plante entière est comestible
et peut être consommée en salade.
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Deux
autres espèces de Mésembryanthémacées commencent juste leur vie
d'évadées. Il s'agit de Delosperma cooperi (HOOK.
F.) L. BOL. aux fleurs rose violet et Disphima sp.
aux fleurs blanches et roses.
Ces plantes forment, apparemment
depuis peu, de nouvelles colonies d'exotiques : probablement des
fragments ont été jetés par-dessus une clôture ou emportés avec
des gravats, déversés du haut des falaises de la Polynésie (quartier
de la Presqu'île de Giens). Il
va être intéressant de suivre l'évolution de ces nouvelles populations
végétales, pour mieux analyser
leur mode de propagation, s'il y a lieu, sans
l'intervention de l'homme. |
LES OPUNTIA
Extrêmement
tolérantes, pouvant vivre sans le moindre soin pendant de longues
périodes, les CACTACEES ou " cactus " étaient évidemment
prédisposées à leur naturalisation sur la presqu'île. Toutes les
cactacées, rencontrées à l'état sub-spontané, appartiennent au seul
genre Opuntia. Ce sont des cactus à " raquettes "
plates, plus ou moins circulaires, communément appelées Figuiers
de Barbarie. J'ai dénombré un grand nombre d'espèce d'Opuntia
sub-spontanées ; elles ne peuvent pas toutes être citées dans cet
article, je ne mentionnerai que celles qui sont les plus répandues
ou les plus remarquables :
- Opuntia stricta WAW. est l'espèce la plus souvent
rencontrée. Cet Opuntia se trouve plus ou moins couché sur le sol,
selon son état d'hydratation. Il forme de grandes colonies composées
de palettes allongées, vert clair, d'apparence peu épineuse, produisant
de grandes fleurs jaune citron.
- Opuntia robusta WENDL. est constitué d'énormes raquettes
rondes, très épaisses, de couleur vert bleuté, plus ou moins hérissées
d'aiguillons acérés. Cette plante, pouvant atteindre une grande
taille, produit de grosses fleurs jaune saumoné, suivies de gros
fruits en forme de figue.
- Opuntia bergeriana WEB. est une espèce pourtant beaucoup
plus sensible à l'humidité et au froid qui a réussi tout de même
à s'implanter dans les zones les plus abritées. Cet Opuntia, aux
articles très plats et allongés, fortement épineux, produit de superbes
fleurs rouge sang.
Cactacées,
Opuntia (figuiers de Barbarie)
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LES SENECIO
Le genre Senecio
est très présent sur la Presqu'île de Giens, avec un grand nombre
d'espèces, mais parmi toutes celles-ci une seule est succulente
et sub-spontanée. Il s'agit de Senecio angulatus.
Cette liane envahit clôtures et arbustes ainsi que tout ce qui est
capable de lui offrir un support. Les tiges cylindriques portent
des feuilles alternes succulentes, anguleuses, de couleur vert sombre.
La floraison hivernale est constituée de petites fleurs rassemblées
en capitules jaune d'or. Ces capitules sont le critère d'appartenance
à la famille des ASTÉRACÉES (COMPOSEES).
Quand
on s'intéresse aux succulentes, on serait aisément tenté d'essayer
d'acclimater ces végétaux sur la Presqu'île de Giens. Cela serait
d'autant plus facile que nombreuses sont les espèces qui supportent
nos hivers parfois rigoureux. Mais il faut avant tout garder à
l'esprit que ces végétaux peuvent représenter une menace pour
certains écosystèmes fragiles. En effet, leur fort pouvoir d'adaptation
et leur végétation parfois exubérante leur confère souvent les
caractères du parfait envahisseur.
Texte de François Rouiller
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