LA DÉCOUVERTE DES SUCULENTES
         DLA PRESQU'ÎLE DE GIENS

par François ROUILLER

 GLOSSAIRE DES TERMES EMPLOYES :
   Endémique : se dit d'une espèce qui se rencontre dans une région très limitée.
   Halophile : plante vivant sur les sols salés.
   Sansouire : (du Provençal " Sansoira ") terrain alluvial horizontal se couvrant d'efflorescences salines blanches par grosses chaleurs (phénomène du " salant ") et
   portant une végétation appelée engane.
   Sessile : dépourvu de support.
   Succulente : plante qui emmagasine de l'eau dans les tissus spongieux situés dans lles racines, les tiges ou les feuilles.   


 
   Le climat privilégié de la Presqu'île de Giens a permis à de nombreuses plantes succulentes de s'y acclimater, les unes se maintenant là où les hommes les avait introduites, les autres allant conquérir des zones sauvages. Les qualités d'adaptation aux conditions arides ou bien extrême de ces végétaux venus d'ailleurs, leur permirent de s'affirmer face aux plantes endémiques locales, voire même dans certains cas de les supplanter. Citons, en guise d'exemple, les Carpobrotus, succulentes d'Afrique du Sud communément appelées " griffes de sorcières " ; qui ont envahi tout le pourtour de la Méditerranée.
 
   Sur la Presqu'île, ces plantes, très charnues, ont littéralement recouvert de leurs grosses tiges des pans entiers de falaise, laissant bien peu de place à certains petits végétaux, tels les Statices qui se sont souvent trouvés repoussés sur une mince frange aux limites de la mer.
   Mais avant de parler plus avant de ces succulentes introduites par la main de l'homme, qui seront le sujet d'un prochain article, passons en revue celles qui font partie de la flore originelle de la Presqu'île de Giens.    Elles se regroupent en 3 genres, se partageant entre 2 familles.

    Partons donc à leur découverte et dirigeons nous tout d'abord vers les marais salés du tombolo où nous allons rencontrer de nombreux spécimens de Salicornes, plantes halophiles de la famille des CHENOPODIACEES. Sur la Presqu'île, et plus précisément dans la zone des Pesquiers, le genre Salicornia est représenté par 4 espèces relativement difficiles à distinguer les unes des autres. Il s'agit de Salicornia herbacea L., Salicornia radicans Sm., Salicornia fruticosa L. et Salicornia macrostachya Moric. Bien qu'elles ne puissent vivre très longtemps sans eau, les Salicornes sont considérées comme succulentes.  Elles sont caractéristiques d'un biotope particulier appelé la sansouire, où elles forment des touches couchées, ou buissonnantes, sur les sols vaseux des marais ou les sables humides du littoral.

      Ici, la succulence n'est pas une stratégie pour lutter contre la sècheresse, mais un moyen de mieux survivre dans un milieu hyper salé peu propice à la vie. Cette plante dépourvue de feuilles est constituée d'articles soudés deux à deux, formant des tiges ramifiées très charnues. Les articles, plus ou moins longs selon les espèces, se terminent à leur sommet par deux petites cornes. C'est cette caractéristique à laquelle la plante doit son nom : " corne de sel ". Quant aux fleurs, de couleur verte, elles sont insignifiantes et minuscules.

     A l'automne, ces îlots de verdure se teintent de jaune, de rose et virent parfois à un beau rouge qui donne au marais ses tons étonnants. Ces plantes jouent un rôle écologique important. Elles forment, au beau milieu de ces " déserts salés ", de véritables oasis pour les petits animaux des marais, leur rendant se milieu plus hospitalier. Ajoutons que certaines Salicornes sont utilisées confites dans le vinaigre, comme condiment, sous le nom de " cornichons de mer ". Dans certaines régions on pratique la culture d'une de ces espèces (Salicornia fruticosa L.) permettant ainsi l'exploitation économique de ce biotope si particulier.      

 

Nombril de Vénus (Umbilicus rupetris)
   Mais poursuivons notre promenade et quittons les régions basses du tombolo pour gagner les zones rocailleuses de la Presqu'île de Giens. Nous y attendent les autres plantes endémiques de Giens appartenant à la famille des CRASSULACEES, les Orpins ou Sedum et le Nombril de Vénus du genre Umbilicus.
    Le Nombril de Vénus (Umbilicus rupestris (Salib.) Dandy) est une petite plante herbacées qui colonise le plus souvent les vieux murs, les rochers ou les éboulis, parfois même jusqu'au bord de la mer. Bien qu'elle soit succulente, cette plante vivace préfère les emplacements ombragés un peu humides. Elle est aisément reconnaissable à ses rosettes de feuilles longuement pétiolées.
   

 Les feuilles rondes, épaisses, sont déprimées en leur centre en forme d'ombilic.  Les fleurs, d'un blanc jaunâtre, apparaissent en grand nombre au sommet de la tige, formant une longue grappe. La floraison se situe d'avril à juillet.
    Cette plante possède des propriété médicinales et a communément été utilisée en usage externe pour soigner les ulcères et les plaies, en cataplasmes de feuilles fraîches écrasées.
    Enfin, comptant environ 600 espèces, le genre Sedum est le plus important de la famille des CRASSULACEES. La flore de France en dénombre une trentaine d'espèces ; seules deux d'entre elles, l'une annuelle (Sedum caespitosum D.C.), l'autre vivace (Sedum sediforme (Jacq.)Pau), ont été décrites en 1929 par Emile Jahandiez comme faisant partie de la flore de la presqu'île sans en être endémiques. Nous n'avons malheureusement jusqu'alors pas eu l'occasion d'en observer un seul exemplaire à l'état spontané. Toutes informations à ce sujet seraient en conséquence les bienvenues.
    Quoiqu'il en soit nous pouvons dire que ce sont de petites plantes propres aux lieux secs et arides, rencontrées sur les murs, les rochers ou les sols pierreux. Ces plantes indigènes sont bien adaptées aux rudes contraintes de la vie des falaises.

     Sedum caespitosum D.C. est une plante de taille réduite de 2 à 5 cm, rougeâtre, à tige dressée. Les feuilles ovales sont directement imbriquées sur la tige. Les petites fleurs sessiles ont 4 à 5 pétales pointus d'un blanc rosé et apparaissent d'avril à juin.
    Sedum sediforme
(Jacq.)Pau est de plus grande taille que l'espèce précédente, les tiges vert glauque sont plus ou moins dressées et mesurent de 30 à 50 cm. Les feuilles charnues sont densément imbriquées les unes dans les autres. Les fleurs en étoile, d'un jaune pâle, s'ouvrent de juin à août.
    Ici s'achève notre description de la flore succulente proprement arbanaise, qui, comme on le voit, est représentée par un nombre relativement modeste d'espèces, ce d'autant plus que, comme nous l'avons vu plus haut, le genre Sedum semble manquer ou tout au moins avoir une répartition très limitée. Nous verrons en revanche, dans un prochain article qu'il n'en va pas de même des succulentes exotiques introduites sur la Presqu'île de Giens.


    Sedum sediforme