ENQUÊTE PUBLIQUE
SUR LE PROJET IMMOBILIER
DE SAINTE EULALIE
  

   EN
   Observations de l'Association

   Dans notre association, l'APG, le but principal est de faire connaître au grand public les richesses naturelles de notre région et en particulier celles de la commune de Hyères. Dans cette enquête publique chacun de nos adhérents est libre de mentionner son opinion personnelle, favorable ou non. Cependant l'avis qui suit, présenté par le président, reflète certainement celui de la majorité de ses membres au nombre de 550 à jour de leur cotisation 2002.

    Certes nous comprenons le point de vue de la Municipalité qui soutient ce projet, dont les soucis affichés dans ce cas, sont de développer le territoire communal. Elle pense que cela créera de l'activité, des emplois pendant et après la réalisation, puis des ressources financières supplémentaires pour la ville.

    Dans une association comme la nôtre, beaucoup pensent au contraire que la priorité des priorités est ailleurs; que sur le long terme ce n'est pas une opération que nous pouvons soutenir, car elle est contraire au développement durable, comme l'a pourtant, sur d'autres projets, défendu avec courage la Municipalité, en refusant le béton tout azimut. Curieuse contradiction… difficile à comprendre.

     La côte a été envahie par cette ceinture de béton, de la frontière italienne à Marseille et rares sont les espaces restés naturels. Les Marseillais, les Niçois, les Lyonnais viennent en week-end dans le Var, " parce qu'il est encore vert ". Les Toulonnais viennent dans les Maures et l'Est Hyérois pour y trouver la nature à l'Est de leur ville, à l'intérieur comme au bord de mer; et maintenant à l'extrême-Est de ce qui est devenu TPM (agglomération Toulon Provence Méditerranée).

     L'arrière-pays était resté à peu près indemne de cette urbanisation sauvage. Comme le montrent les clichés obliques, pris du hublot d'un avion de ligne, des paysages que voit le voyageur de Paris à son arrivée sur Hyères, la zone entre les cours d'eau Pansard et Gapeau est restée indemne avec les premières masses du massif des Maures: c'est une série de paysages de toute beauté.

     L'installation projetée d'immobilier (42 400 m2) dans cette zone trans-Gapeau, siège de futures résidences secondaires des Européens, sera une PREMIERE METASTASE D'URBANISATION entre Hyères et La Londe. Jusqu'ici les derniers lotissements et buildings de l'Est Hyères (la Gendarmerie, l'Artillerie du 54° RA), l'Oratoire, etc.) étaient stoppés, et même parfois inondés, par la rive droite du Gapeau. On envisagera bientôt un pont sur la rivière pour faciliter l'accès à la nouvelle tache urbanisée et à son golf.

     Malgré toutes les assurances, toutes les dénégations certifiant que le projet ne sera que ça et rien d'autre, toutes les expériences précédentes ont largement démontré qu'une fois le pied dans l'entrebâillement de la porte, les promoteurs et actionnaires seront à l'affût de nouveaux profits donc de nouveaux programmes. Un exemple voisin, catastrophique à nos yeux, est celui de Valcros sur la commune de La Londe, qui d'un golf est devenu un mitage des contreforts des Maures par des résidences secondaires en accroissement constant.

     Jusqu'ici les vallées de l'Apié et des Borrels restent des zones agréables, qu'en plus des habitants locaux apprécieront les touristes du futur et les randonneurs pour leur charme naturel, ce qui devient une rareté très recherchée à proximité de la Côte.

     Il faut à ce sujet remarquer que cette zone est juste dans le prolongement nord, vers l'intérieur, des étangs des Vieux Salins dont elle apparaît comme un potentiel paysager et touristique complémentaire. La surpopulation estivale des îles et de la presqu'île doit être limitée, à long terme, par l'intérêt porté par les visiteurs épris de nature aux anciennes salines et donc aussi à cette zone tampon entre les deux communes de Hyères et de La Londe.
     L'enjeu va donc bien au-delà des problèmes de défrichement et d'eau de l'enquête publique, il concerne l'avenir de toute cette zone qui reste une chance pour le long terme.

     Le massif des Maures pour l'instant est resté dans l'ensemble respecté. Mais Valcros, simple projet de golf au départ, est devenu une entreprise d'urbanisation, au stade des constructions individuelles en lotissements. Dans la presqu'île de Giens ce stade a été suivi par un début d'urbanisation en immeubles beaucoup plus compacts et qui montre l'évolution que prendra de la même façon la zone concernée à long terme.

     Si l'on considère le point de vue de TPM dont fait maintenant partie la zone impliquée par ce projet immobilier, dont le golf n'est qu'un aspect secondaire, alléchant pour certains, il apparaît que cette énorme agglomération étendue en longueur sur la côte, doit avoir son mot à dire sur des projets décidés il y a 15 ans, alors que depuis cette époque où a été envisagée une ZAC à Ste Eulalie, les notions de développement durable et de cohérence des grandes agglomérations sont apparues.

     Situé à la limite du massif sauvage des Maures, à l'extrémité orientale de TPM, ce poumon vert de Hyères, collinaire, forestier, champêtre, horticole, viticole, ce site, comme tout l'espace compris entre le Pansard et le Gapeau, est un potentiel touristique, mais aussi agricole qui mérite mieux qu'un premier projet immobilier, qui certes sera profitable… à ses promoteurs et actionnaires, mais sonnera le glas de ce site exceptionnel et rare à deux pas de la mer.

     Par ailleurs l'eau du Canal de Provence, dans le contexte actuel d'un avenir incertain sur les ressources en eau maîtrisée, doit elle servir de tels projets qu'on peut considérer comme non prioritaires quand on assiste à des restrictions d'eau en période estivale ? Et les nouvelles surfaces une fois déboisées ou transformées en parkings et voies imperméables diminueront la rétention de l'eau, rançon de la nouvelle urbanisation à long terme, contribuant ainsi au renforcement des crues par ces eaux non maîtrisées.

     Nous soulignons sincèrement les efforts que la Municipalité de Hyères a faits par ailleurs depuis plus de huit ans, dans la ligne du développement durable, pour conserver à la Commune de grands espaces naturels disponibles, maintenant achetés par le Conservatoire du Littoral et gérés depuis peu par le Parc National de Port-Cros. Un projet de golf y avait même été envisagé ! C'est pourquoi on peut être étonné que ce territoire, dans le prolongement naturel des territoires côtiers déjà rachetés par l'état, ne soit pas respecté dans le même esprit et que les développements d'urbanisation ne soient pas limités aux zones déjà atteintes. Curieuse contradiction…

     Il y a donc là un enjeu considérable, à long terme et sur toute une zone de TPM, dont il faut que les responsables à tous les niveaux prennent conscience. En effet, si ce projet est accepté après une simple enquête publique portant sur deux points particuliers (l'eau et le déboisement), il sera le signal de départ de la jonction entre les urbanisations de Hyères et de La Londe, complétant ainsi le ruban bétonné presque continu de la Côte. C'est conforter la politique du tout béton qui a massacré la majeure partie de la Côte d'Azur et que je ne veux pas croire être la politique du Ministère de l'Ecologie, de la Diren-Paca, de la Région, du Département, de la Préfecture, de TPM et de la Commune de Hyères. Ce serait la reprise du profit pour quelques-uns au détriment de la nature. L'enjeu est donc considérable et il faut donc que, au-delà d'une enquête publique aux objectifs limités, nos décideurs à tous les échelons sachent les graves responsabilités qu'ils prennent en acceptant ce projet d'immobilier agrémenté d'un golf.

     Juridiquement mon association ne s'estime pas compétente pour dire ce qui peut ou ne peut pas être fait. D'autres plus compétentes peuvent se pencher sur la forme. Nous nous placerons donc, pour ce qui nous concerne, sur le fond : veut-on d'une jonction entre les urbanisations de Hyères et de La Londe, encerclant les Vieux Salins, ou veut-on protéger ce potentiel paysager, richesse bien plus profitable à long terme que cette première tranche d'immobilier qui va, à plus long terme, banaliser tout ce quadrilatère des 4 rivières : Pansard, Apié, Gapeau, Borrels.

     Signalons encore une curieuse contradiction. D'un côté on nous dit que tout est ficelé, accordé depuis dix ou quinze ans et que seuls deux points concernent l'enquête. D'autre part le promoteur signale qu'il a modifié à la baisse son projet. Pourquoi, s'il est modifié, le projet ne doit-il pas être réexaminé dans sa totalité, compte-tenu de l'évolution considérable des idées, et notamment celles concernant le développement durable depuis ?

      Bref si ce projet passe, que les décideurs à tous niveaux qui l'accepteront sachent qu'ils porteront la très lourde responsabilité d'avoir contribué, après beaucoup d'autres, au bétonnage de la Côte d'Azur, pour le profit de quelques-uns, au moment où on nous parle de l'urgence et de la priorité de conserver en l'état les paysages, comme le Ministère de la culture le fait en finançant sur la zone un programme de PEP (Pôle d'Economie du Patrimoine) " Paysage de l'entre terre et mer en littoral varois ".

     Juridiquement, donc sur la forme, peut-être nous dira-t-on que l'enquête publique ne porte que sur le défrichement/déboisement et sur les problèmes de l'eau. Eh bien, de notre point de vue pour que le fond soit concerné, au-delà de l'hypocrisie, il faut s'opposer à ce défrichement et à l'impact du projet sur l'eau. Si par ce biais juridique, le projet est suspendu, on peut espérer que, à certains niveaux de décision, le problème d'ensemble sera réétudié selon les éléments que nous venons de développer.

Giens le 5 février 2003                                          Professeur Jean Sougy
                                                                                   Président de l'A.P.G.