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AUX ESTAGNETS,
UNE HISTOIRE QUI
NE MANQUE PAS
DE SEL
Par Vincent BOREL de l'A.P.G.
Lorsque
l'on parle du sel sur la Presqu'île de Giens, on pense immédiatement
aux Salins des Pesquiers, créés il y a juste 150 ans. Or,
grâce à des recherches effectuées par Marc Simo aux
Archives Départementales de Draguignan, j'ai pu avoir les preuves
d'une existence du sel bien antérieure.
On savait que des petits entrepreneurs avaient établi
des petites exploitations sur certains points de notre côte, mais
pour Giens ce n'était pas très certain. Or, une "pétition"
faite par Mr. le Marquis de Pontévès-Giens au Préfet
du Var en 1817 en apporte la preuve. Sur un plan dressé par l'Ingénieur
Ordinaire des Ponts et Chaussées de Toulon, en date du 28 septembre
1817, il en apporte toutes les précisions.
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Avant
de parler de notre sujet, remarquons, toutefois, que le tombolo
occidental semble, sur ce plan, large et en bon état et que
sur le Gras, à l'Acapte (comme on disait alors), on découvre
des bordigues bien antérieures aux Salins
et Pêcheries des Pesquiers que l'on retrouvera 50 ans plus
tard.
Dans la partie sud, on voit, très bien
délimité, l'emplacement de cette saline, objet de
la pétition de Mr. de Pontévès. L'objet de
sa requête est simple, les salines qu'il a installées
ne réussissent pas,
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comme
il l'écrit lui-même, "parce que les tables de concentration
de l'eau avaient été établies trop au dessus du niveau
de la mer.Pour alimenter cette saline le propriétaire avait ouvert
une communication marquée BC entre les étangs et la mer".
Malheureusement ce ne fut pas
une grande réussite et ce canal fut bouché. Il semble que
l'aventure du sel s'arrêta là. Cela ne découragea
pas M. de Pontévès qui voulut alors reprendre les travaux
en ouvrant un autre canal en DE pour introduire une bordigue.
Dans sa pétition, très
bien argumentée par un rapport de l'Ingénieur des Ponts
et Chaussées, il précise que c'est pour des raisons de salubrité
publique qu'il fait sa demande. On ne peut que le croire quand il précise
que l'eau stagnante qui ne peut s'échapper est propice au développement
des maladies pendant la période chaude : "les eaux saumâtres
se décomposent par l'effet d'un soleil brûlant et donnent
des exhalaisons fétides et des miasmes dangereux pour les habitants
de la Presqu'île... Il est donc dans l'intérêt de la
salubrité du pays de remblayer ces étangs de manière
à ce que leur sol soit plus élevé que le niveau de
la mer."
Il semblerait que les opposants
(il y en a toujours eu ...) aient fait état du fait que l'insalubrité
soit justement due à ces salines. Il s'oppose à cet argument
en précisant : "On ne voit pas comment les salines abandonnées
aurait donné un surcroît d'eau stagnante puisque les tables
d'évaporation avaient été établies au-dessus
du niveau de la mer pour ne pouvoir y conserver l'eau que l'on y faisait
monter par des machines hydrauliques."
Tout ce qui précède
prouve, d'une manière irréfutable, l'existence de ces salines
sur le territoire de Giens, aux Estagnets.
La suite montre qu'au cours des
siècles, il a toujours été difficile de faire aboutir
son projet, car, sans illusions il écrit dans son rapport: "Monsieur
le Maire d'Hyères croit que le propriétaire de la Madrague
des Cotes de Giens s'opposera à l'ouverture d'une communication
entre les étangs Pontévès et la mer parce que dans
le temps il a empêché le fermier des Pêcheries d'Hyères
d'en ouvrir une entre la rade de Giens et l'étang des Pesquiers..."
Il avait bien vu le problème car il n'eut pas gain de cause et
les pêcheurs de la Madrague purent s'opposer à son projet.
Mais ceci est une autre histoire
que, si vous êtes intéressés, on pourra expliquer
une autre fois.
Bordigue : c'est un piège à poissons,
établi dans des eaux peu profondes de 10 à 50 cm. Faite
de roseaux, ou en cannes de Provence , elle diffère de la Madrague
qui est elle, un piège à poissons en filets fixes dans des
eaux plus profondes. La Madrague de Giens figurait parmi les plus importantes
de nos côtes et a permis à de nombreuses familles de pêcheurs
de pouvoir subsister . Les bordigues les plus connues se trouvaient sur
le Gras, canal entre la mer et l'étang des Pesquiers, à
La Capte.
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