Bulletin N° 21
ÉDITORIAL DE LA FRAGILITÉ 



   On nous parle souvent de Liberté, Egalité, Fraternité. Mes réflexions du moment m'amènent à vous parler d'un autre concept dont on parle moins, mais qui me semble concerner de nombreux domaines. Il s'agit de la Fragilité (fragilitas, fragility, gebrechlichkeit, fragilità, fragilidad...). Par exemple, malgré sa forme particulièrement élaborée et sa qualité exemplaire de transfert de la vie par les gènes, un oeuf de poule est un objet ou (?) un être réputé éminemment fragile, véritable symbole de la fragilité.
   
De plus en plus me semble-t-il apparaît la fragilité des choses et des êtres et même la nécessité d'une unité de mesure pour l'évaluer. Elle menace les choses les plus solides, considérées comme les plus sûres. Par exemple le rocher le plus solide, soumis à l'érosion,
finira en sédiment au fond de la mer.
De même le bloc soviétique paraissait indéboulonnable. En fait c'était un géant aux pieds d'argile qui s'est soudain écroulé en 1989. Il était donc plus fragile que l'humanité ne pouvait le suspecter, hormis l'une de nos trois académiciennes. On peut parler dans ces exemples d'une fragilité positive, ce qui n'est pas toujours le cas. Une victoire indiscutable en Iraq de la coalition est suivie d'une "paix" très aléatoire, non prévue au départ. Voilà une fragilité qui apparaît plutôt négative au contraire.

   
De plus en plus cette fragilité semble concerner l'humanité toute entière. Les démocraties les mieux assises, jusqu'ici considérées comme solidement installées sur leurs bases et leurs principes, sont menacées par les intégrismes et le terrorisme.
   Dans le domaine de l'homme lui-même on retrouve cette grande fragilité. Soudain l'existence d'un individu peut être brutalement amoindrie par la maladie ou brusquement interrompue par un accident brutal et imprévisible.
Un gouvernement, une institution, une entreprise, une association peuvent ainsi du jour au lendemain être largement perturbés par un événement imprévu. Par exemple l'action " Restos du cSur " de Coluche fut perturbée par un accident de moto.
   Dans le domaine de l'écologie qui nous concerne plus directement, le constat n'est guère meilleur. Certes une certaine prise de conscience commence à poindre comme quoi la planète est en danger. Mais face aux intérêts économiques elle reste très fragile. Les menaces qui pèsent sur l'eau douce, la mer, l'atmosphère, la couche d'ozone, la forêt équatoriale, la biodiversité, bref sur tous les milieux naturels, commencent à être dénoncées : la planète se dégrade, au moins en partie, sous les effets de l'activité humaine et d'une natalité exponentielle. Des remèdes sont envisagés, mais les accords de Tokyo par exemple, d'ailleurs rarement ratifiés, ne sont guère suivis d'effets, notamment par les américains. La planète tout entière est donc très fragile, chose dont on n'avait pas encore la moindre idée au milieu du XX° siècle.
   Cette fragilité est un état permanent, une épée de Damoclès qui nous alerte, nous avertit des dangers du passage de la solidité à la destruction des choses qui apparaissaient comme les plus immuables. L'année 2003 à cet égard nous a confirmé la fragilité des règles climatiques.On constate l'accroissement de la fréquence et de l'amplitude des crues, des écarts de température avec l'exemple inhabituel de la canicule et de ses conséquences. La fonte des glaces polaires, la répétition accrue des pics de pollution dans les villes en sont d'autres exemples. Même chose dans le domaine de la santé où une plus grande fragilité apparaît avec l'arrivée de nouveaux virus et bactéries, de nouvelles épidémies mondiales, dont on peut se demander s'il sera toujours possible de les contrôler.
   La biodiversité des espèces elle-aussi entre dans un domaine de très grande fragilité, le rythme du changement des espèces étant, depuis deux siècles surtout, très déséquilibré entre le nombre de disparitions et celui d'apparition d'espèces nouvelles, qui ne se font plus au même rythme. Les réserves de poissons, circulant pourtant à l'échelle de la planète, sont elles aussi fragilisées, diminuant tant en tonnage qu'en nombre d'espèces exploitables par la pêche.
   Dans le domaine plus restreint de l'A.P.G. qui nous intéresse ici, j'envisagerai quelques exemples variés de fragilité. Le premier concerne le domaine de la recherche scientifique. Dans le dernier bulletin j'ai voulu vous montrer comment procède la recherche, par des paliers successifs tendant à approcher de plus en plus la vérité. Je vous ai expliqué avec un enthousiasme certain (qui pouvait vous faire croire à tort que la dernière marche était atteinte !) comment un ensemble d'observations ponctuelles de terrain nous conduisaient à de nouvelles idées sur la structure du massif des Maures. Le massif métamorphique reposerait sur le sédimentaire de la dépression permienne au lieu d'être son substratum. L'idée étant tellement inattendue, voire choquante, que nous avons depuis décidé de faire, avant toute publication, un certain nombre d'observations complémentaires. Certaines d'entre elles ne semblent pas confirmer la nouvelle hypothèse. Il faut donc rester prudent, continuer les observations plutôt que de s'accrocher à la dernière proposition. Le but étant, par curiosité scientifique, d'approcher de plus en plus la vérité. Le mérite d'une nouvelle hypothèse est de relancer la question pour inciter à de nouvelles recherches pour la discuter, l'améliorer, voire la réfuter. Ainsi va la recherche scientifique, par petits pas successifs, où la fragilité des hypothèses ressort de leur remise en doute successive. Mais il s'agit d'une fragilité relativement positive, puisque ce qui risque d'être discuté sera en fait amélioré.
   Un deuxième exemple de fragilité concerne l'existence même de l'A.P.G., et d'ailleurs plus généralement celle de la plupart des associations. Le budget de l'Etat est discuté par les assemblées seulement pour une part de 15%, le reste étant reconduit automatiquement, donc assuré. Il en est de même pour les institutions régionales, départementales, intercommunales, communales. Mais il n'en va pas de même pour les entreprises, qui dépendent de leur propre réussite et qui présentent donc une bien plus grande fragilité, comme on peut le constater tous les jours. Même chose et encore plus pour les associations qui vivent des cotisations, du travail bénévole des membres les plus actifs et d'éventuelles subventions remises en cause chaque année. Et leur bilan doit en principe s'équilibrer entre dépenses et recettes à la fin de l'année. Pour ce qui nous concerne cela sera bien le cas pour 2003. Et les activités auront été satisfaisantes en proportion. Mais nous ne savons rien des recettes de l'année 2004 (au fait meilleurs vSux à tous !) qui seront soumises à la prise en compte des dossiers de demande présentés. A mon étonnement, le journal local a annoncé nos importantes subventions de 2003, ce qui nous vaut la réputation d'être riches. Il s'agit en fait de sommes pour des actions spécifiques, qu'il faut réaliser dans les temps et qui n'impliquent aucun engagement des subventionneurs pour les années suivantes. Devant cette fragilité très négative cette fois, il faut faire sans cesse des dossiers, coûteux en temps comme en argent.
   La location d'un local s'est montrée elle très positive, à tel point qu'elle est maintenant considérée par beaucoup de nos membres comme indispensable. Mais son coût, même sans les frais annexes, équivaut à peu près à l'ensemble des cotisations annuelles des membres ! Encore un exemple de grande fragilité.
   Nous terminerons cette revue sur la fragilité par celle qui concerne la présidence des associations. Certains présidents recherchent plutôt les honneurs, la carte de visite, d'autre plutôt l'efficacité & Votre actuel président espère être considéré comme appartenant à cette deuxième catégorie. Dans ce cas-là encore, on se trouve confronté à la fragilité, car les candidats-présidents de la deuxième catégorie ne se précipitent pas au portillon. On est loin de l'âpreté des compétitions électorales ! Or il arrive un moment où, l'âge venu, les présidents en place voient diminuer leurs capacités physiques, leur rapidité intellectuelle et ne peuvent plus rester aussi efficaces et inventifs, … et risquent de passer à la première catégorie ! Pour éviter un déclin prévisible, il ne reste plus que deux solutions : changer de président ou dissoudre l'Association en transférant ses actifs et ses emplois à une autre institution ou association ayant des objectifs voisins. Votre Président va très prochainement sortir de l'espace " de 7 à 77 ans ", souvent évoqué comme une référence incontournable. On ne réalise pas que l'A.P.G., dont la progression a certes été une réussite depuis sa création en 1995, devient aussi de plus en plus fragile. Vous comprendrez donc que vient le temps de faire ce choix entre les deux solutions possibles. Au suivant !

Jean Sougy, Président fragile.
Giens, le 27 janvier 2004


COMPTE RENDU DES ACTIVITES 2003

Si l'année 2003 a été riche de nouveautés pour notre association, elle a aussi démontré que l'APG savait tenir ses engagements pour la sauvegarde de la Presqu'île de Giens.

Création d'un nouveau poste
   Le développement progressif des activités de l'APG a nécessité la création d'un Contrat Emploi Consolidé. Depuis le 15 juin 2003, Mme Marie-France Sauvineau soutient Catherine dans les différentes tâches administratives et l'accueil du public à la permanence.

Excursions botaniques et géologiques
   Comme à son habitude, l'APG a organisé quelques sorties intéressantes en 2003: le Cap Sicié, le Mont Caume, les Estagnets, ou encore le Massif des Maures. Une nouveauté cependant, a vu le jour cet été, qui devrait se maintenir tout au long de l'année 2004 : la programmation d'excursions botaniques et paysagères sur le sentier du littoral situé entre Giens et la Darboussière (pointe occidentale de la presqu'île). Ce parcours botanique fait parallèlement partie d'un projet pédagogique comprenant l'édition d'un petit livret reprenant les plantes numérotées sur le terrain.

Conférences, faunoramas, colloques
   Les conférences 2003 ont concerné des sujets variés : le Parc National de Port-Cros, le Conservatoire Botanique National de Porquerolles, l'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, et enfin la géologie du massif des Maures.
Après quelques aménagements techniques, le local de l'APG a pu organiser cet été des séances de projection ou
faunoramas réalisés par Guy Bortolato, conférencier et photographe animalier professionnel. Il s'agit d'un spectacle audiovisuel de trois séries de diapositives commentées et mises en scène sur les oiseaux de la Presqu'île de Giens. Ces projections de très grande qualité seront reconduites au cours de l'année 2004.

   
Du 12 au 16 juin, l'APG a participé au 3ème Salon de l'environnement hyérois organisé par la commune. Ce forum associatif a été l'occasion d'exposer et de faire connaître au public les différents projets du moment : photographies aériennes, planches botaniques et maquettes.

Maquettes
   
Au cours de l'année scolaire 2002/2003, les élèves de CM2 de l'Ecole St John Perse à Giens et les bénévoles de l'APG ont réalisé un travail exceptionnel : la maquette de " Hyères, ses îles, la Presqu'île et les fonds marins ". Réalisée au 1/30 000, cette maquette est désormais exposée à la permanence de l'APG.
Pour l'année 2003/2004, les enfants travaillent sur la maquette au 1/870 000 du " Bassin de la Méditerranée orientale ". Elle doit compléter et prolonger vers l'est la 3ème maquette, celle du bassin de Méditerranée occidentale, ce qui permettra d'avoir un ensemble de toute la Méditerranée et des nations riveraines. Six des maquettes seront exposées à la mairie de Giens du 26 avril au 2 mai et du 23 au 29 août.

Dossier UNESCO
   La demande d'inscription de la presqu'île sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO lancée par l'APG auprès du ministère français de l'Ecologie et du Développement Durable suit son cours. L'état de la question a fait l'objet d'un article paru dans Var Matin le 7 février dernier.

Projet d'éducation et de sensibilisation à l'environnement
Les stages de formation " ambassadeurs nature "
   
Ce projet pour lequel l'APG a obtenu des subventions du Conseil Général et du Conseil Régional a débuté au mois de mars 2003 par une formation d'ambassadeurs nature. Trois sessions d'apprentissage auprès de 20 stagiaires ont été organisées au local de l'APG et animées par M. Sougy pour le volet géologie et paysages, par M. Vignes pour le volet botanique et par Melle Boccon, de la Ligue de Protection des Oiseaux pour l'ornithologie.
  
 Ces stages pédagogiques ont permis à ces futurs animateurs d'acquérir les connaissances de base pour sensibiliser et éduquer les enfants à la protection de l'environnement.
   
La campagne " La forêt m'a dit " Depuis septembre 2003 et par l'intermédiaire du réseau France Nature

Environnement,
   L'APG s'est engagée dans une campagne nationale destinée à sensibiliser les enfants à la protection de notre patrimoine forestier. Après formation, les salariées de l'APG interviendront en tant qu'animatrices auprès d'une dizaine de classes primaires du centre Var.

Editions scientifiques de l'APG
   Grâce au travail exceptionnel de Pierre Vignes, la collection " Découverte de l'environnement en pays hyérois " s'est enrichie d'une 4ème plaquette intitulée " La végétation de la dune et de la sansouire ". La 5ème plaquette, réalisée avec la collaboration étroite du Professeur P. Ponel et du Conservateur P. Orsini sur les insectes et les oiseaux de ces mêmes milieux, est en cours de préparation. Le 2ème jeu de 48 fiches botaniques " Plantes en liberté ", de très haute qualité complète depuis décembre 2003 notre éventail de documentation pédagogique.

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